Et c’est précisément cette incertitude qui est aujourd’hui structurellement présente.
Un système de gestion du stress qui ne sait plus s’arrêter
Le système de gestion du stress chez l’être humain, par le biais de l’axe HPA, du système nerveux autonome et des réseaux de détection des menaces dans le cerveau, est adapté aux menaces temporaires. Activation, mobilisation, récupération. Ce rythme est essentiel.
Les contenus générés par l’IA et les fausses informations viennent perturber ce rythme. Ils créent un environnement informationnel dans lequel :
- où la vérité est constamment remise en cause,
- simuler la crédibilité à l’aide d’images et de voix,
- et qu’une correction est rarement définitive.
Des recherches sur le stress chronique montrent que lorsque la menace reste ambiguë et ne peut être résolue, le système de stress ne se désactive pas. Il reste en état d’alerte. Non pas parce qu’il le doit, mais parce qu’il ne peut pas en être autrement.
De la réaction au stress au stress comme modèle
Lorsque cet état persiste, le stress passe d’une réaction temporaire à un état structurel. C’est ce que l’on appelle le « stress en tant que modèle » : une « carte de sécurité » interne qui détermine la manière dont les nouveaux stimuli sont interprétés.
Sur le plan neurobiologique, cela s’accompagne de :
- une sensibilité accrue de l’amygdale face à une menace potentielle,
- une activation plus forte de l’insula, ce qui accentue les signaux de stress physique,
- et une régulation préfrontale altérée, ce qui rend plus difficiles la réinterprétation et la nuance.
Il en résulte une augmentation de la charge allostatique: le corps apprend à vivre en s’adaptant. Le stress ne devient plus un état qui va et vient, mais un cadre à travers lequel tout est interprété.
Facteurs sociaux et numériques aggravant l’insécurité
Ce modèle ne naît pas dans l’isolement. Il s’inspire de contextes sociaux et sociétaux.
Brutalité
Le langage agressif, la humiliation en ligne et les discours hostiles constituent des micro-facteurs de stress sociaux récurrents. Les recherches sur la menace sociale montrent que de telles expériences activent les mêmes circuits de stress que les menaces physiques.
Echochambers
Une exposition répétée à des contenus chargés d’émotions, sans contre-argument, fait en sorte que le traitement des menaces reste prédominant. Le cerveau en tire la leçon suivante : la vigilance est payante.
Rabbitholes
L’amplification algorithmique des discours renforce l’incertitude et la méfiance. Ce qui commence par de l’information se termine par une vigilance permanente.
Pour le système de gestion du stress, la répétition prime sur la correction. Ainsi, la menace n’est pas seulement perçue, mais anticipée.
Lorsque les marges de sécurité disparaissent
En temps normal, le stress est atténué par des facteurs protecteurs tels que le soutien social, le sentiment de contrôle et la flexibilité mentale. Les recherches sur le stress montrent que ce sont précisément ces facteurs qui tempèrent la réponse physiologique au stress et permettent la récupération.
Dans des contextes d’incertitude chronique, d’isolement numérique et de polarisation sociale, ces mécanismes de protection s’affaiblissent. Il en résulte une régulation moins efficace de la réactivité au stress. Le système reste plus proche du seuil critique.
Les limites de « Making Stress Work »
Le concept de « Making Stress Work » souligne à juste titre que le stress peut être fonctionnel dans de bonnes conditions. Des études montrent que le stress peut favoriser les performances lorsque :
- est temporaire,
- si cela est jugé gérable,
- et est suivi d’une reprise.
Mais lorsque le stress fait désormais partie intégrante du schéma de fonctionnement, ce sont précisément ces conditions qui font défaut. Le stress n’est alors plus un stimulus mobilisateur, mais un état de fond permanent qui restreint l’attention et automatise le comportement.
Dans un tel contexte, « tirer parti du stress » ne donne pas l’impression d’être une source d’autonomie, mais plutôt une exigence supplémentaire imposée à un système déjà surchargé.
La sécurité d’abord, le bon fonctionnement ensuite
Le message essentiel qui en découle n’est pas un rejet de l’approche « Making Stress Work », mais une correction progressive. Le stress ne peut devenir fonctionnel que lorsque le sentiment de sécurité est à nouveau perceptible : sur les plans biologique, psychologique et social.
Cela ne nécessite pas un travail individuel sur l’état d’esprit, mais des environnements dans lesquels :
- la menace est à nouveau ponctuelle,
- lorsque les informations peuvent être arrondies,
- et qu’une réhabilitation soit à nouveau possible.
Pour conclure : une mission collective
La (in)sécurité à l’ère de l’IA et des fausses informations n’est pas un problème individuel, mais un défi collectif. Lorsque le stress s’installe imperceptiblement dans notre mode de fonctionnement, cela influence la manière dont les sociétés pensent, prennent des décisions et réagissent.
« Making Stress Work » reste un cadre précieux, à condition de reconnaître que le stress doit d’abord pouvoir cesser.
Le stress n’a pas besoin d’être optimisé. Il faut lui fixer de nouvelles limites. Ce n’est pas seulement une mission personnelle, mais une responsabilité sociale.
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Toute PME en pleine croissance connaît ce sentiment : ce qui allait de soi hier pose aujourd’hui problème. Les fonctions évoluent, les collaborateurs se voient confier de nouvelles responsabilités, les équipes cherchent à trouver leur équilibre. La croissance est douloureuse, mais cette douleur n’est pas un échec. C’est le but recherché.
Ce qui fait la force de votre PME peut parfois aussi la rendre vulnérable
Et si le plus grand risque sur le lieu de travail n’était pas le burn-out, mais le fait que plus personne ne s’exprime ?
Je constate souvent ce phénomène dans les petites entreprises. Tout va très vite, tout le monde met la main à la pâte, et personne ne se pose vraiment la question : « Est-ce que cela reste réellement faisable ? » Il y a beaucoup de bonne volonté. Beaucoup de personnes qui agissent. Beaucoup de flexibilité.
Et c’est justement cela, cette force, qui peut discrètement devenir un piège.



